Km 3960
plus que 262 km pour rentrer !
Vendredi 6 mai
Départ de St Ambroix à
10h30. Direction Alès, Nîmes et Montpellier .
Cette matinée aurait été très agréable s’il
n'y avait pas eu un vent à décorner des bœufs d’environ
80 km/h, il souffle par rafales déplaisantes et dangereuses.
13h15 j’arrive au Grau d’Agde. Un sympathique restaurant me tend les bras mais les beignets de calmars ressemblent plus à des beignets de beignets, comme les déteste Abigaël !
14h je reprends la route, toujours autant de vent et beaucoup de camions. Ils sentent l’écurie. C’est la fin de semaine.
16h je passe la frontière et décide de visiter Girona, proche. Magnifique et apparemment hors des sentiers battus.
Des maisons s’alignent, tout
en couleur, le long de l’Onyar. Je prends un verre à la terrasse
d’un café et vais faire un tour en ville.
Ancien fief juif, elle arbore une magnifique cathédrale baroque et d’anciens
bains arabes. Il y a aussi un musée du cinéma.

Girona sur l'Onyar
Mais il se fait tard
et je dois assurer l’hébergement. Ce matin il n y avait pas d’eau
chaude à la maison (problèmes avec mon chauffe-eau) Alors ce soir
hôtel.
Girona sur l’Onyar J’en
trouve un superbe, le Husa, pas très loin et Bibiche sera aussi à
l’abri.
Il est presque 21h et
le soleil se couche derrière les cyprès qui bordent le parc.
J’ai faim. La douche est salvatrice. Vers 21h40 je descends dîner
d’un succulent carpaccio de bacalao et de crevettes, arrosés d’un
vin rouge de chez Torres, « Coronas Tampranillo » et pour casser
la jambe au diable j’hésite, pour le dessert, entre un sorbet au
citron et un Irish Coffee. Dans la salle de restaurant, très sélecte,
il y a 4 ou 5 tables d’occupées par une dizaine des personnes.
Deux noires américaines, visiblement mère et fille, un couple
de presque beaufs français, un couple de grand bourgeois ibère,
un jeune solitaire, un vieux solitaire et moi avec mon Irish Coffee. C’est
très calme et feutré. Mais une équipe de foot, des jeunes,
vient d’envahir les lieux. Animation.
Km 427
Premières impressions
-
Comme par miracle le vent s’est brusquement
calmé quand je suis arrivé sur terre ibérique.
- L’essence est sensiblement moins chère 0,95 cts contre 1,27 ce
matin en France.
- Je croyais comprendre un peu l’espagnol … mais les catalans ne
parlent pas espagnol …
- Les ibères sont aussi bruyants que les italiens, j’aime !
- D’après mes premières constatations, ici, ils ne font
pas d’histoire avec zone fumeurs ou non, mais attendons.
Demain Barcelone, les
JO de 1992, dimanche le Grand Prix de F1 et les préparatifs de l’America’s
Cup.
Je finis mon Irish et vais au dodo.

Girona, terrasse de café …

Samedi 7 mai
Excellente nuit, petit
déj. et départ, destination Tossa de Mar sur la Costa Brava.
Temps superbe et plus un souffle
de vent. La route sinueuse à souhait semble dessinée pour ma Bibiche,
un régal …
Beaucoup de cyclistes, trials et quads qui vont rouler dans la forêt voisine,
véritable « musée botanique » :chênes verts,
chênes liège, pins noirs d’Autriche, peupliers, châtaigniers…
et bientôt ….. Tossa. Au détour d’un grand virage je
tombe en arrêt, un mirage. Une citadelle fortifiée transformée
en centre de loisirs. « St Eloy ».
le centre "St
Eloy"

Tossa de Mar, préparatifs de plongée
Et voici Tossa de Mar. Petites plages
qui se succèdent et tout au bout une colline surmontée d’une
forteresse. Beaucoup de monde, surtout des plongeurs qui s’équipent.
Je déguste un verre de blanc sur une des innombrables terrasses de café.
10h en route pour Barcelone.
Environ 80 km par la N 11. La Côte est très belle mais de Llot
de Mar jusqu’à Canet de Mar les localités sont des colonies
de nordiques et plus particulièrement hollandaises. Des hôtels
à n’en plus finir et des magasins de souvenirs bordant d’énormes
parkings de bus.
Le caissier m’a dit que
les cartes à puces n’étaient pas généralisées
en Espagne. Ca s’est finalement bien passé. Bref il faut que je
sorte des Euros. Le gardien du camping m’indique une banque proche mais
la banque est fermée le samedi et le distributeur présente un
clavier inhabituel, compliqué et exclusivement en catalan ! alors je
ne prends pas le risque de me faire avaler ma CB un samedi et demain c’est
dimanche. Je ferai avec.
Le train passe devant le camping, donc il devrait y avoir une station pas très
loin.
Après un hamburger acceptable au camping je me fends de 2,50€ pour
un aller/retour Barcelone. A 14h15, après 15 minutes de trajet, j’y
suis. En plein centre Plaza de Catalunya d’où part l’incontournable
« rambla » qui descend vers la mer. Bondée la « rambla
» de même que la Plaza. Touristes de tous poils de toutes nationalités
affluent. Cette large allée piétonnière est le temple du
tourisme. Les échoppes et autres boutiques ambulantes suivent de part
et d’autre de la marée humaine. Marchands d’oiseaux, de fleurs,
de babioles, kiosques à journaux, à cartes postales et posters
s’intercalent aux divers mîmes et « immobiles » grimés,
peinturlurés. Des orateurs montés sur des podiums déclament
poèmes ou diatribes politiques. Je fuis la foule. Prendre la première
ruelle à gauche vers la cathédrale,

Barcelone, "La Rambla"

Bel édifice gothique-catalan
en restauration. Après l’église de Santa Agatha je prends
la via Laietana parallèle à la « rambla » et qui aboutit
sur le port Vell. Avant d’arriver sur le front de mer je tombe en arrêt
sur une file interminable qui serpente le long d’une imposante bâtisse.
Il y a là des noirs, des maghrébins, des pakistanais, des turcs,
hommes femmes, enfants, vieillards, bébés. Presque tous tiennent
des papiers ou des sacs contenant des dossiers … ils sont surveillés
par deux solides policiers. Tous ont le sourire. Attendent, patients mais aucune
résignation ne s’expriment dans leur comportement. Bon sang mais
c’est bien sûr ! aujourd’hui 7 mai 2005 l’Espagne «
affranchit » quelques 700.000 « irréguliers » sans
papiers.

700.000 irréguliers
régularisés...
J’arrive enfin
sur le port. Mare Nostrum est calme et joue avec les coques des milliers de
bateaux ancrés dans le Moll. Un immense complexe de digues protège
la marina des coups de vent. Une superbe rampe donne accès à la
Plaza Ictinio et l’aquarium.
Puis Plaza Odisea et le « Mare Magnum » qui jouxte le Club Maritima.
Plus loin, sont à quai des bateaux de croisières et des yachts
surdimensionnés. Après ce grand tour une passerelle, la «
rambla de mar », me ramène à la Plaza Portal de la Pau au
centre de laquelle, sur une haute colonne, Christophe Colomb regarde vers le
large.
Il est bientôt 17h et la lumière est magnifique qui illumine les
farouches monuments et bâtisses qui ceignent la vaste Plaza.

Barcelone, marina Port Vell

Barcelone, Plaza Portal de la Pau, Christophe Colomb
Péniblement je remonte la «
rambla » affrontant la foule. Je m’octroie un café sur une
terrasse. 2,50€, très cher …
Je reprends le train pour Masnou.
J’ai dû parcourir près de 7 km dans Barcelone. Il est 20h30
et je déguste un verre de vin rouge à la terrasse du camping.
La mer est belle mais elle ne m’attire pas …
Km 545

Dimanche 8 mai
J’ai dormi comme une pierre
à Masnou, renouant avec ma guitoune et mon sac de couchage.
Vers 9h je quitte la Costa Brava en traversant Barcelone, vide. C’est
agréable de prendre les feux en enfilade et tout en vert … Mais
attention cet après midi c’est le Grand Prix de F1 ici, alors dépêchons.
A moi la Costa Azahar. Direction Valencia mais avant une visite s’impose
à Tarragone, antique Cesse, cité ibère assujettie par les
romains au IIIème siècle Av JC. La ville est vide ce dimanche.
Pas de plage de sable fin ni de café qui bordent le front de mer.
La cité médiévale est tout en haut de la colline. En y
montant je tombe sur un DAB ! Normal, comme chez nous et en plus il parle quatre
langues. Je risque ma Visa et ça marche. Je me refais en euros. Arrivé
le long des remparts romains qui sont percés de fenêtres d’habitations,
je gare Bibiche et admire le paysage vers la mer.

Tarragone, les remparts romains
Manifestement la ville tourne le dos à la grande bleue. Une grande porte
percée dans les remparts donne accès au quartier de Sant Pau et
à la « catedral » Son parvis est transformé en marché
aux puces et pour cause, des centaines de touristes espagnols et autres se bousculent.
Dans l’église c’est l’office dominical. Il est pourtant
13h. Stoïque le prélat officie nonobstant les visiteurs, discrets
quand même.
00
Tarragone, la
« catedral » romano-gothique
bâtie au XII ème siècle sur le site même
d’un temple de Jupiter.
Particularité, le corps central est gothique
et les deux corps latéraux sont romans.
000
0
Je prends un verre sur la terrasse
d’un café devant le parvis et me mets en quête d’une
bonne taverne. Ma Bibiche, inspirée, me mène à la Plaza
de la Font, chez « El Pigot ». Pour 17€ une délicieuse
salade de mozzarella finement coupée et couchée sur un lit de
tomates le tout baigné d’huile d’olive bien sûr ! et
après … une daurade cuite au four tout simplement. Quel délice
! Depuis la Grèce je n’en avais mangé d’aussi bonne.
Je suis certain que si j’étais dans la cuisine j’aurai pu
remarquer son regard brillant.
A propos de regard, un couple de hollandais attablés à proximité,
ont, dans un premier temps admiré l’animal dans mon assiette. Quand
j’ai attaqué les joues et la bouche ils ont fait un peu la moue.
Surpris, mais quand j’ai gobé les deux yeux (le meilleur) ils sont
partis, dégoûtés. Heureusement ils n’avaient pas passé
commande.
J’oubliais, pour mes 17€
j’ai eu droit à deux verres de vin et un café. « El
Pigot » à revisiter.
Avant de quitter Tarragone je vais jeter un coup d’œil aux vestiges
du cirque romain, proches.

Tarragone, le cirque romain
Par Tortosa et Peniscola je rejoins
Valencia. Fidèle à ma philosophie du voyage je cherche a me loger
à proximité. El Puig dans la proche banlieue de Valence, m’accueille.
Un petit hôtel, « La Ronda ». (29€ + 4€ pour ma
Bibiche). Je prends un bain. Il y avait longtemps ! J’ai un peu mal au
dos.
Je vais visiter « El Puig » à pied. C’est un petit
village qui n’a pas vu de touriste depuis belle lurette. Pas un seul étranger
alentours. Après une petite observation je me demande même si il
n’y a jamais eu de voyageur ici. J’erre dans l’espoir de trouver
un bistrot. En vain. Soudain pris d’une inspiration le long d’une
longue avenue désespérément déserte, je tourne à
droite dans une ruelle. Miracle ! comme disait Toto. Un patio se découvre
sur ma gauche. Mais le patio se transforme en véritable agora. Entourée
de petits immeubles et en son centre des parterres de fleurs… des fleurs
partout et des jeux pour bambins. Et des bambins il y en a.

El Puig, habitations à loyers modérés
Sur la partie droite, une stoa couverte.
Il est bientôt 19h30 et le soleil projette l’ombre des colonnes
sur le sol clair. En suivant du regard le dessin géométrique ainsi
formé je remarque, tout au bout, des tables, des gens assis. On dirait
une réunion de famille.
J’approche. Non c’est une taverne et des gens fêtent un baptême.
Il y a de la place Je m’y installe et c’est là que j’écris
ces quelques lignes
à El Piug.
Alors dîner à l’hôtel
et demain visite de Valence et à moi la Costa Blanca avec Alicante, Murcia,
Cartagène et plus si dos reposé. A propos, c’est dimanche
8 mai et j’ai une petite pensée pour M. Gourret qui supplée,
pendant mon absence, à la vie quotidienne de Saint Ambroix pour le Midi
Libre.
Le restaurant de l’hôtel Ronda et agréablement surprenant.
Pas de carte ni de menu ! Un grand self dans un cadre très sélect,
avec maître d’hôtel qui dirige les opérations et conseille.
Je me laisse faire et je reviens à ma table avec : calamars frais, moules
type marinière avec une sauce, et des tripes avec pois-chiche agrémenté
de petites tranches de saucisson et de lardons, le tout arrosé d’un
petit « Murviedo Rosado 2003 » Je reste la dessus. Point besoin
de dessert. A mon avis après tout cela se serait criminel.
Km 960 dont 400 aujourd’hui.

El Puig, le restaurant de l’hôtel
Ronda

Lundi 9 mai
Départ de El Puig vers 9 heures.
Nous traversons Valence, direction Alicante. A peine avons nous entamé
l’autoroute que Bibiche, sans doute pour fêter nos 1000 premiers
kilomètres, décide de ma faire une farce !
A près de 100 km/h elle décide de s’arrêter, tout
net ! Je me vois donc obligé de la mener en douce sur la bande d’arrêt
d’urgence justement à l’entrée d’une bretelle.
Je la sollicite, elle tourne mais ne démarre pas. On est bien ! Et voilà
qu’arrive, pour prendre l’autoroute une voiture de police.
Encore ma bonne étoile ! La voiture stoppe et le jeune policier vient
vers moi le regard interrogateur. Perdu entre catalan et espagnol j’emploie
le langage des signes (d’impuissance). Il enfile son gilet de sécurité
jaune fluo, je le sens compatissant. Il me regarde procéder à
quelques vérifications, arrivée d’essence, prise du contacteur,
bougies. Je mets le contact et appuis sur le démarreur, elle tourne un
peu. L’agent me demande si j’ai de l’essence, bien sûr,
j’ai fais le plein hier après midi. Nouvel essai, et comme pour
confirmer mes dires, Bibiche reste totalement muette !
Rien, silence total. Il est évident que cela ne peut venir d’un
manque de carburant. Ca me rassure et m’angoisse en même temps.
Bien sûr j’ai une excellente assurance qui viendra me dépanner
etc … mais quoi ! Bibiche ne dit rien.
J’essaye de la comprendre, en vain. Alors sous le regard ébahi
du jeune policier je me mets en selle et exécute un vieux truc de motard.
Je passe le seconde, débraye et un petit coup en arrière, un petit
coup en avant question de faire bouger le piston à froid.
Point mort, contact, démarreur et … elle tourne ! Le flic apprécie,
soulagé, moi aussi. Il doit se dire que les (vieux) motards sont bons.
Il me demande, avec des signes (de contentement) si ça ira. Je le tranquillise.
Bibiche tourne toujours et pour bien lui montrer que « ça ira »
je donne deux petits coups à 5000 tours.
La voiture s’en va, signes d’amitié et je reprends la route.
Mais Bibiche ne l’entend pas de cette oreille !
Trois cent mètres plus loin, bis repetita, elle s’arrête.
Là je désespère. Alors je décide d’user d’un
autre artifice. L’ignorance,
le dédain. Je descends et j’attends 5 minutes … nouvel essai
… et ça marche !
Elle est matée Bibiche. Mais cette fois c’est après 600
mètres que je dois me replier sur la bande d’arrêt d’urgence.
Je réfléchis, calcule …et … et … bon sang !
j’ai fais le plein en sortant de Tarragone, hier. Puis l’autoroute
vide et toute droite, n’avons-nous pas « poussé » un
peu d’un 160 et des permanences à près de 140 ? Je passe
la réserve d’essence. Elle part et si elle
pouvait parler elle m’aurait traité de c …
On s’arrête à une station pour faire le plein. J’engrange plus de 18 litres. Mais je ne m’explique toujours pas son mutisme total de tout à l’heure. Peut-être était-ce pour me sauver la face devant la maréchaussée ibérique ! J’ai un peu honte. En principe j’ai mon petit secret pour éviter ce genre de désagrément mais il m’arrive aussi rarement de rouler à 150 pendant plus de 30 minutes. On tourne cette page.

Alicante
Voilà Alicante après avoir aperçu de loin Benidorme, le New York de la Costa Blanca. Alicante est plus raisonnable, mais sans attrait si ce n’est la grande allée en bord de mer plantée de palmiers éleïs. J’ai faim et sous ces palmiers, chez Tarantine je déguste d’un « emperador », steak d’espadon agrémenté de pommes de terre et d’un gros poivron doux et d'une petite bouteille de vin blanc local. Alicante présentant peu d’intérêt nous partons pour Almeria via Murcia. Là, nous changeons d’Espagne.
D’abord les panneaux de signalisation routiers avec tout en haut un message « red carreteros del estato ». C’est au bout de 100 km que je réalise que l’autoroute est gratuite !

Après Murcia le paysage change du tout au tout. Nous passons dans d’immenses
vergers suivis d’interminables potagers, puis le désert, le vrai,
tour à tour Atacama, Agriates mais en moins froid, puis encore des vergers
suivis de paysages cappadociens. Nous longeons la Sierra Espanu. Petite halte
à Totana pour boire un Fanta. Ces établissements me font penser
aux motels du sud des USA, perdus dans le désert et flanqué d’une
station service.

Après Lorca on approche d’Almeria. A une trentaine de kilomètres
de notre destination, je crois rêver ! On dirait qu’il a neigé.
Mais à mieux regarder je distingue des serres blanches. Des milliers
de serres à perte de vue sur des milliers d’hectares.

les serres
Et voici Almeria, blanche et rose, superbe, versée dans la mer bleue. En plein centre je trouve un « hostal Americano ». Une chambre, un lit, une table, une chaise, une grande penderie et une salle de bain, 25€, spartiate mais en plein centre et pour Bibiche un parking sous-terrain à moins de 100 mètres. Attablé au « Santa Rita » je goutte un autre petit vin blanc et les odeurs iodées de la mer me donnent faim. Il est 9h35. J’ai faim mais le quartier n’est pas riche en restaurants. Je me rabats dans un Pizza Hut avec la perspective de manger quelques cannelonis. Le vin rouge est chaud ! Dommage car il est bon et comme on me fait payer la bouteille entière plein pot, j’embarque icelle. Dodo.
Km 1480

Mardi 10 mai
Dodo rythmé par une machine
infernale qui se met en route toutes les quatre minutes et pendant une minute.
Je fais le coup d’hier,
l’ignorance et ça marche.
Le matin café croissant au « Santa Rita » et je vais découvrir
Almeria avec Bibiche.
Mon impression d’hier était bonne. Blanche et rose, méditerranéenne,
vivante, cosmopolite, sentant le poisson.
Un petit tour sur le port et nous prenons la route vers Grenade. Le paysage
est fabuleux. Il me fait penser de plus en plus aux concrétions de tuf
de la Cappadoce.

Almeria, blanche et rose
Bibiche ne dit rien. Pas de vent pas de voitures. Les villages blancs tranchent
sur l’environnement rouge et ocre. Gergal par exemple.

Gergal
Mon objectif immédiat c’est Guadix sur la route de Grenade. Petite
ville de 20.000 âmes mais qui vaut le détour. J’y arrive
vers 11h. Beaucoup de choses à voir ici. Outre la cathédrale de
l’ «Incarnation » il y a le « Barrio de las Cuevas »
site troglodytique. Mais avant, déjeuner à la « Méson
Granadoul », spécialité, jambon, pancetta, jamon de botega
8€ la « media ». Délicieux et surprenant ! Une grosse
assiette avec deux variétés de jamon très finement tranchées.
000000
Guadix, Méson Granadoul 000000000000000000000la
catedral baroque de l’ Incarnation
Nous partons pour le haut de la ville
au « Barrio de las Cuevas ». Site troglodytique surprenant s’il
en est. Des tertres de tuf surmontés
de cheminées en maçonnerie, dedans des maisons toujours habitées.

Guadix, Barrio de las Cuevas
Du plus haut du site on découvre un paysage cappadocien. Saisissant. Nous nous dirigeons vers la Plaza de la Constitucion, en contrebas, derrière la cathédrale. Magnifique place entourée de bâtisses du XVII ème siècle, fleurie au centre et visiblement occupée par l’administration et divers bureaux d’études.

Guadix, Plaza de la Constitucion
Après une respiration nous
voilà reparti pour Grenade à une soixantaine de kilomètres.
C’est grand Grenade mais facile d’accès. J’ai vite
fait de trouver un hôtel, le Monte Carlo, en plein centre et toujours
un excellent parking pour Bibiche, à moins de cent mètres.
Il est 16h30 et après m’être rafraîchis dans ma chambre
je pars visiter le site de la cathédrale. C’est le carreau du temple.
Boutiques, échoppes et marchands en tous genres l’entourent, la
cernent. La visite de la cathédrale coûte 3 € ! mais que sont
donc devenus les lieux de culte ? Le Vatican se plaint de la désaffection
des vocations mais elle permet à ces endroits de se transformer en musées.
Je veux bien que cela serve à la restauration de ces édifices
mais pourquoi le Saint-Siège ne délie-t-il pas les cordons de
sa grosse bourse ?
A part ses orgues jumelés
cet édifice, oeuvre des architectes Siloé et Egas date du XVI
et XVII ème siècle de style isabéline, ne présente
aucun intérêt.
Les orgues, œuvre de Leonardo de Avila datent du XVIII ème siècle.
Je trouve la cathédrale laide et sans attrait architectural si ce n’est
la Chapelle Royale d’Enriqué Egas, splendeur de l’art Gothique
et qui la flanque.
Je sors prendre un verre sur le parvis et rentre à l’hôtel.
Dîner au « Nemroud » d’un döner froid. Il est 22h30.
Aujourd’hui, courte mais intéressante étape.
km 1700

Cathédrale
de Grenade
les orgues de Leonardo de Avila

Mercredi 11 mai
Toujours à Grenade. Après
un café-croissant, taxi et en route pour l’Alhambra. Je prends
mon ticket d’entrée vers 9h30. Une grande allée ombragée
me mène à la « Puerta de la Justicia » sur les remparts
de la citadelle. Elle porte bien son nom l’Alhambra, il faudrait d’ailleurs
dire « Alhamra » la rouge en arabe et pour cause.
Mohammed ben Nasr fonde la dynastie des Nasrides vers 1230. Quelques années
plus tard les chrétiens s’emparent de Cordoue.
Les musulmans se replient sur Grenade. Pendant près de trois siècles
Grenade connaît une ère prospère. Mais l’ensemble
de l’édifice relève plus du décor que d’une
construction durable. Briques rouges grossières et stucs dominent. On
sent bien là le désir de jouir rapidement de beaux jardins et
d’un lieu agréable.
0000000000
Alcazaba……0000000000000000000000……….. 00000 Grenade la Blanche
L’Alcazaba, gigantesque, prône,
s’avançant sur le plateau, domine Grenade et des multiples tours
et terrasses on a une vue sans obstacles sur la ville blanche.
Puis suivent les magnifiques jardins
de « los Adarves » qui mettent un terme à la visite de l’Alcazaba.

La « plazza de los Aljibes
» est bondée de touristes et de nombreux groupes scolaires s’y
pressent. Je vais visiter le musée qui se situe dans l’enceinte
même du Palais de Charles Quint. Il est 11h20 et voilà le moment
tant attendu ! Voir le Palais des Nasrides, la cour des Myrtes et celle des
Lions, joyaux incontestés de l’Alhambra. Mais l’accès
m’en est refusé !!! Je suis refoulé !!! D’après
le règlement et ce qu’il y a marqué sur mon billet je ne
peux accéder au Palais avant 13h30. C’est écrit. C’est
stupide et absurde.
Rien n’y fait malgré l’invention de quelques prétextes,
cousus de fil blanc, qui me viennent à l’esprit.
Alors je tente de contourner le problème en passant par les jardins du
Partal qui est la sortie du Palais des Nasrides et d’où on a directement
accès à la cour des Lions.
Je tente un passage innocent et à contre-courant des visiteurs sortants.
« Je me suis perdu » dis-je au préposé qui n’est
pas dupe !
Alors taxi et je retourne en ville pour manger des crevettes au « San
Pedro » non sans avoir rempli le formulaire de réclamations mis
à la disposition des « usagers » de l’Alhambra.

Alhambra, les jardins du Partal
Il est 14h30. Bibiche m’attend sagement. Récupération des
mallettes consignées à l’hôtel Monte Carlo et direction
le littoral, Costa del Sol.
Un dernier regard à la Sierra Nevada qui me montre ses grandes plaies
blanches et en route pour Motril. Après le barrage sur le
Rio Guadalfeo un long défilé aboutit sur la plaine littorale.
Voilà Motril, c’est un joli port et surtout une petite ville à
l’architecture étonnante. Toute blanche. Ici je ne verrai aucun
touriste et seules trois lignes signalent son existence dans un guide de couleur
verte !

Motril
Une belle route longe la mer vers
Malaga ma destination pour aujourd’hui. Après la magnifique apparition
du village de Salobrena
accroché sur le flanc d’une colline les choses se gâtent
sur le plan de l’aménagement urbanistique.

Salobrena
Almucera, la Herradura,
et j’en passe, sont autant de pièges à vacanciers. Les constructions
s’empilent et s’étendent comme de hideux reptiles. Il est
18h30. Nous arrivons à Malaga, terre qui a vu naître Pablo Ruiz
Picasso.
Au N° 19 de la Calle Atarazanas, l’hôtel du même nom nous
accueille. Le réceptionniste est un jeune français( il ressemble
à Maxime). Bibiche a son dodo tout près et moi je déguste
mon premier verre de « Xeres », je n’en fais pas une folie
! 22h30 je reviens de dîner. Sur les indications de mon jeune compatriote
je me suis rendu à quelques ruelles de l’hôtel, à
la « Casa Vincente ». Dans une traverse étroite et fortement
éclairée avec d’un côté les tables de l’autre
cinq ou six échoppes qui se suivent et se ressemblent. Elles proposent
fritures de poissons, gambas, planchas.
Tout ce petit monde fonctionne en parfaite harmonie. Je suspecte même
qu’elles sont toutes sous une seule et même enseigne sous des noms
différents. Je commande une « fritura Vincente », subtil
mélange de poivrons verts, aubergines, oignons finement ciselés
avec des petites crevettes décortiquées. Un simple délice
pour 8€.
Heureusement j’ai eu la présence d’esprit de commander une
demi-portion ici c’est la coutume, tous les plats sont divisibles par
deux et rien n’empêche aussi de commander pour deux !
J’ai nourri Bibiche juste avant Malaga et je peux aller fermer les yeux
l’âme en paix et le ventre satisfait.
Km 1800

Malaga, la "Casa Vincente"

Jeudi 12 mai
Voilà déjà sept
jours, aujourd’hui que mon voyage a commencé. Avant de partir j’avais
consulté la météo sur 10 jours pour la région.
Elle préconisait, pour jeudi 12, averses et temps couvert.
Ce matin en me réveillant,
vite je regardais par la fenêtre de ma chambre. De gros nuages gris menaçaient
! La météo avait raison.
Petit déjeuner, douche et j’avise. De toute manière j’avais
décidé de visiter la ville. Programme intéressant. Le jeune
réceptionniste me tranquillise, si le matin c’est couvert, l’après
midi, en général, ça se dégage.
Alors je procède comme
d’habitude; libérer la chambre, consigner mes mallettes à
l’hôtel et à nous deux Malaga. Une réserve toutefois,
s’il pleuvait je prends option pour une nuit supplémentaire. Je
commence par le grand marché couvert d’Atarazanas, tout proche.
La bâtisse est un ancien chantier naval arabe ; L’entrée
principale de ce magnifique édifice est une porte arabe en cintre outrepassé.
Grouillant à cette heure, les poissonneries côtoient boucheries
et autres maraîchers.
Il me fait penser au marché central de Budapest. Je
savoure les odeurs …
0000000
Malaga, le marché
couvert d’Atarazanas, ancien chantier naval
Au bout de la Calle
Atarazanas j’arrive à «la « Catedral de la Encarnaçion
», gothique tardif du XVI ème siècle. Je la contourne pour
arriver, et c’était mon but, au musée Picasso. Foule. Il
faut attendre. Je vais faire un petit tour et me re-pointe 20 minutes plus tard.
Visites suspendues pour cause de panne du réseau électrique !
Pas de chance.
0000000
Malaga, l’Alcazaba,
forteresse arabe du XI ème siècle
Le temps joue entre éclaircies et gros nuages. A deux pas de là il y a la Alcazaba. C’est une des plus importantes forteresses arabes d’Espagne qui date du XI ème siècle. J’ai, bien sûr, quelques ressentiments quant à ma déconvenue, hier, à l’Alhambra, mais ceci mis à part je dois reconnaître qu’il se dégage ici sérénité et romantisme. Peut-être est-ce du fait qu’il y a moins de monde. Couloirs et balcons, jardins suspendus et chemins de ronde, s’entrelacent et une fois arrivé au plus haut on découvre la ville et juste au pied de la citadelle un petit théâtre romain. La descente vers la sortie offre une vision complètement différente et encore plus surprenante.
Je flâne dans la ville. Il
est 12h15 et la plupart des restaurants ne servent pas avant 13h. Quitter Malaga
ou pas, telle est la question. Le loupé du musée Picasso m’incite
a rester et laisser passer le mauvais temps. Après tout je ne suis pas
pressé.
Je rentre à l’hôtel et confirme ma deuxième nuit.
Sur le même trottoir que l’hôtel et à moins de dix
mètres il y a un petit restaurant populaire
« Los Pueblos ».
Il est 13h30 et c’est plein. Ouvriers, familles, retraités, femmes
seules, la salle et le bar sont aménagés pour pouvoir y casser
une croûte. Aux murs, d’abord un Christ en Croix. Un grand sous-verre
raconte l’histoire des nœuds marins et celle des ancres. Des fanions
de sémaphore. Deux eaux-fortes nostalgiques représentent de vieux
gréements. Deux grandes fourchettes en bois sculpté. Tout ce décors
raconte, sans doute, un peu de la vie du patron.
Au plafond, contre le mur de la cuisine,
pendent les incontournables « jamons » entiers. La vedette de ce
ballet c’est Miguel. Serveur, ordonnateur, crieur des commandes et c’est
dans le ton que les cuistots devinent l’urgence de ces dernières.
Les additions se font sur le bord de la nappe et dans un grand silence, imposé
!

Malaga, restaurant
populaire "Los Pueblos"
Je déguste, tour à
tour, une assiette de poulpes et une de calamars frits arrosés d’un
verre de vin blanc. Adition : 6€. Je tente d’écrire quelques
lignes sur mon livre de bord, a vif, mais les regards noirs de ceux qui attendent
pour déjeuner, m’en dissuadent rapidement. Replis rapide vers l’hôtel
où la salle de restaurant est quasiment vide et j’écris
ces quelques lignes au calme devant un café et un
« La Paz » cent pour cent tabac. Vrai.
Programme immédiat, relatif à la météo, petite sieste, visite à ma Bibiche et tentative de visite du musée Picasso.
Ouvert depuis peu (octobre 2004),
le musée Picasso est à l’image du génial artiste.
Enfant du pays, il y a sa maison natale, aujourd’hui siège de la
Fondation Picasso.
Mais revenons au musée. Situé derrière la cathédrale,
la superbe bâtisse qui l’abrite n’est autre que le «
Palacio Buenavista » exemple type de l’architecture andalouse du
XVI ème siècle. Deux cents œuvres y sont présentées
sur deux niveaux. Peintures, sculptures, céramiques, eaux-fortes, gravures,
linos etc …
Mais la surprise vient du sous-sol. Au cours de la restauration de l’édifice on y a découvert un site phénicien du VIII ème siècle, vestiges de la primitive « Malaka », fondée par ces mêmes phéniciens à cette époque. D’abord centre métallurgique, la cité, sous la domination romaine, s’est spécialisée dans la salaison des viandes et des poissons destinés à Rome. Cette découverte n’est autre que le prolongement des vestiges dont fait partie le théâtre romain au pied de l’Alcazaba, que j’ai vu ce matin. Entre les deux sites il y a la ville et les maisons. « Que faire » me faisait remarquer un jeune garde du musée qui parlait parfaitement le français. Je suis émerveillé. J’ai bien fait de rester.

Malaga, une petite
église « Plaza de la Merced »
à côté du musée Picasso
Il est 21h45 et je décide
de manger à l’hôtel. Demain départ tôt. Sur
quelques conseils ibériques j’ai décidé de changer
mon itinéraire. Un serveur m’explique que Ronda, dans les montagnes
magiques est à voir sans faute. Par-là on rejoint Cadix sur l’Atlantique.
Impasse donc sur Gibraltar et Algesiras, mégapole sans intérêt,
me confie-t-il. Au menu ce soir, on me conseille un plat régional. Du
porc en sauce avec des champignons. Rien qui ne casse trois pattes à
un canard. C’est bon C’est tout. Le vin rouge qui va avec par contre
excellent.
Il est presque 23 h. Dodo.

Impressions
De l’obésité
On a l’image (du moins j’avais) de l'hidalgo brun, grand et
fin, de la carmencita, taille fine, oeil pétillant tout en rondeurs bien
placées. D’une manière générale c’est
raté !
Beaucoup de mecs sont stéréotypés, les jeunes, pantalons
ou trop courts ou trop longs traînant amplement sur les baskets délassés.
Il y a les cadres, chics, costume-cravate, portable et attaché-case.
Très belles chaussures. Mais dans les deux cas trois sur dix
sont obèses.
Les filles, les jeunes ont tendance à porter les
jeans en dessous du nombril, taille très basse. Mais quand les bourrelets
débordent
par-dessus la ceinture … c’est la catastrophe ! Sinon c’est
assez joli. D’une manière générale pas de complexe.
Alors tout le monde est heureux.
Il n y a que les plus vieux qui se tiennent encore comme des « caballeros
».
De la conduite automobile
Il faut
reconnaître que la courtoisie règne sur les nationales comme sur
les « autopistas », mais la limitation de vitesse à 120 km/h
est rarement respectée. L’attention pour les motos, assez rares
dans le coin, est évidente aussi. En ville la cohabitation piétons
autos est de bon ton.
Les deux-roues, quant à eux ils sont assez fous. D’une manière
générale les espagnols sont calmes et pondérés au
volant
Du
manger et du boire
Du nord au sud et en sachant où on met les pieds, c’est excellent. Tapas, poissons et autres viandes sont élaborées avec attention. Le vin est bon et le tout pas très cher. Comptez 10 à 15€ pour un très honnête repas. Bien sûr il y a aussi des troquets fabuleux où l’on déguste une « vraie » dorade « vraiment » fraîche à moins de 10€ et un plat de poulpes à 3,50€. D’une manière générale on en a pour son argent et c’est bon. Je m’abstiendrai de donner ici les innombrables recettes auxquelles j’ai goûté. Disons que sur le littoral mes préférences vont aux produits de la mer et au « jamon ».
Vendredi 13 mai
Donc direction Ronda par la côte
puis la montagne. Récupération de ma Bibiche qui a eu une journée
complète de repos et on file.
Le temps est couvert et frisquet. Je mets mon pull. Voilà Marbella et
je guette la sortie San Pedro- Alcantara. A droite se dresse la « Serrania
Ronda » noire de nuages et il pleut ! Et sans dire ouf ! me voilà
à Estepona. J’ai raté la sortie de San Pedro. Tant pis.
Algeciras est tout près, je continue pour une petite visite à
Gibraltar « Djebel-el-Tarek », les colonnes d’Hercule. Détroit
mythique, rocher incongru tant par sa forme que par sa situation politique.

le rocher de Gibraltar,
au pied des bâtiments, l’aéroport
Déjeuner à Algeciras
d’une délicieuse brouillade au jambon et crevettes roses. Après
quoi on file sur Cadiz. Tarifa, Vejer de la Frontera
et voici l’Océan.
Mais s’offre à mes yeux un paysage incroyable ! L’immensité
vallonnée ressemble à un curieux champs de tournesols. Ce sont
des « tourne-ciels » des éoliennes. Des éoliennes
par centaines, par milliers. Des petites sur des structures métalliques,
des immenses,
sur de grands pylônes en béton. Il doit y avoir ici plus d’éoliennes
que dans toute la France !
Impossible des les avoir toutes sur une même photo, même avec mon
24 mm.

Il tombe quelques gouttes, rien de bien méchant. Le ciel bleu de l’océan lutte contre les nuages noirs du continent. Conflit.
Chiclana de Frontera, San Fernando
et un interminable isthme nous mène à Cadiz et dans son prolongement
une grande avenue, au port.
Cadiz est une presqu’île. Fondée il y a plus de 3200 ans
par les éternels explorateurs phéniciens, C’est sans doute
une des plus anciennes villes d’Europe. Maritime s’il en est, quasi
insulaire elle est tournée délibérément vers le
Nouveau Monde. J’aurais trois mots pour qualifier Cadiz « Très
belle ville ».
Ses avenues sont aussi larges que sont étroites ses ruelles. Ici, aucun
problème de circulation. Je peux m’arrêter où je veux,
contempler le paysage, sortir mon Nikon à tous moments sans qu’aucune
voiture ne me talonne ni me presse.
Une petite halte sur la Plaza San Juan de Dios et je trouve, Calle San Fransisco, en plein centre, un hôtel confortable. Je m’y installe après avoir repéré un dodo pour ma Bibiche et nous partons à la reconnaissance de la ville.
Un tour complet de la presqu’île en partant du port pour y revenir. D’abord, une magnifique plage avec ses « bains de mer » à l’ancienne, de grandes bâtisses de style colonial, la cathédrale et l’église Santa Cruz et à l’autre extrémité, la ville moderne.
000000
Cadiz, les « bains de mer » 0000000000000000000000et la cathédrale Santa Cruz
Une fanfare se prépare pour une aubade. Les jeunes musiciens veulent
bien « poser » pour une photo mais certains m’ignorent !
Un carillon sonne la demie
de 19 h. « Ave Ave Ave Maria » Un greffier vient pisser sur la roue
arrière de Bibiche !
Vers 22h, Plaza Topete je m’explique
avec poulpes et crevettes. On m’avait promis du bruit cette nuit. Rien
entendu.
Km 2200

Cadiz, Plaza San Juan de Dios, la fanfare

Samedi 14 mai
Réveil tôt pour récupérer
Bibiche. Elle aussi me dit avoir bien dormi. Après un petit tour en ville
et quelques photos (l’éclairage est superbe
ce matin et pas un nuage à l’horizon) nous prenons la route vers
le nord. Il y a là comme un parfum de retour à la maison.
Nous traversons Bahia de Cadiz, petit golfe bien protégé.
Destination Jerez de la Fontera et
El Portal pour visiter Yeguada de la Cartuja, élevage de chevaux Jerezano.
C’est dans ce haras, domaine somptueux que fut sauvée in-extremis
cette race de chevaux nobles, dociles, élégants, précis
et résistants qui était sur le point de disparaître.
C’est la « Expasa Agricultura
y Ganadiear SA » société publique, propriété
du Patrimoine National et sous tutelle de l’Etat,
qui gère l’élevage.
Je visite les écuries, la
sellerie et toutes les installations ouvertes au public. J’assiste à
une reprise d’attelage et à diverses démonstrations
de dressage et un lâché de poulains en furie dans le grand manège.
Epoustouflant !
000000
Yeguada, attelage à trois plus deux, et la sellerie

Yeguada, quelques pas avant la reprise
Déjeuner frugal à Jerez, fritures de poissons et poulpes et en
route pour la prochaine étape, Séville, capitale de l’Andalousie.
Même impression de fluidité
et de calme. Je trouve facilement à me loger sous le même toit
que ma Bibiche , en plein centre.
Elle reste et je pars visiter en première urgence les arènes de
la Maestranza (et son musée) qui a vu toréer les plus grands et
mourir les taureaux les plus braves.
000000
Séville, les arènes de la Manzanares

Même le trophée du
Toro Islera,
mère de celui qui a tué le Grand Manolete à Linarès
le 28 août 1947,
a sa place sur un des murs du musée.

Séville,
Plaza Don Juan de Austria
Après ce grand moment d’émotion
(je suis un aficionado très fervent) je me dirige vers la cathédrale
de Séville, superbe édifice gothique finissant, érigée
au XV ème siècle sur les décombres d’une mosquée.
Seul subsiste encore le minaret surmonté de la « Giralda »,
girouette dominant Séville à quelques cent mètres de haut.
Cette cathédrale, par ses dimensions démesurées, est sans
doute une des plus grande du monde chrétien.

Séville,
la cathédrale surmontée de la Giralda
000000
Cathédrale de Séville à la croisée du transept les voûtes flamboyantes et les orgues
Il est bientôt 20h30.
Attablé chez « Flaherty », pourquoi pas ! j’écris
ces quelques lignes en dégustant un « cretin ».
Un peu plus tard je suis attablé au « Sevilla la Leyenda »,
restaurant annexe de mon hôtel. C’est en y arrivant que j’ai
vu sur le menu exposé sur le trottoir « meru », mérou
? Voici la suite. On me sert un gros filet de mérou avec une succulente
sauce type aïoli, légère et crémeuse à souhait
avec une petite salade de mâche. Délicieux ! J’arrête.
Café et dodo.
Km 2400
000000
Séville, le « Flaherty » brasserie branchée et le « meru » du restaurant "la Leyenda"
Dimanche 15 mai
Dodo sans rêves,
un petit déjeuner chérot, et route pour l’Alcazar de Séville.
A pied dans les ruelles jusqu’à la cathédrale.
C’est bien dimanche, les rues sont vides. A
gauche l’Alcazar, là, bien sûr il y a du monde. D’entrée
(5€) c’est saisissant ! Des bâtisses arabes d’origine,
il ne reste dans le « Patio des Leon », qu’un portique, puis
c’est l’émerveillement !
Le patio de « Monteria, l’
« Alcobal Real » le jardin de « Las Doncellas ».
Casalle, des tapisseries, du salon gothiques d’Alphone X, à la
gloire de la conquête de Tunis par Charles Quint et encore des jardins,
petits, grands, imbriqués les uns dans les autres.
000000
Il se dégage, de l’architecture
de cet ensemble, une harmonie indéfinissable. Des plafonds en bois précieux,
des colonnes de marbre,
des stucs finement ciselés, des céramiques aux couleurs douces
jusqu’à la disposition des parterres et des bosquets des jardins.
Tout cela rappèle la touche
des architectes arabes même si les bâtisseurs sont, du XIV ème
au XVIème siècle, Pierre le Cruel et
Charles Quint, encore lui !

En Grèce, je croyais avoir vu le plus grand bougainvillier qu’il m’avait été donné d’admirer. Au jardin de l’ « Estanque de Mercurio » il mesure plus de 20 mètres de haut.
L’Alcazar, beaucoup plus fin que l’Alhambra de Grenade, plus à l’échelle humaine, plus beau.
J’en sors comme avec un bon goût de fromage après un repas dont il ne faut pas abuser.

Sur la place de la cathédrale,
spectacle, des jeunes et moins jeunes s’adonnent à un de leur sport
favori, la pyramide humaine. Cinq niveaux. La musique stridente des fifres les
soutient.

Dernière étape à
Séville, Plaza de Espana. Chemin faisant, une surprise ! la sœur
de ma Bibiche adoptée par la « Policia Municipal ».
Mais me nous y trompons pas, cette pauvrette a les traces d’un collier
autour du cou ! Bibiche est une louve sauvage et libre !
Sur mon plan je voyais la Plaza de Espana, pas trop éloignée de l’Alcazar. Fume ! Il fait beau et très chaud et mon sac photo pèse sur ma clavicule pétée. Au bout de vingt minutes de marche pénible le long d’un chantier de la ligne N° 1 du métro sévillan, mes efforts sont hautement récompensés.
Pharaonique, cette gigantesque place en fer à cheval, est flanquée
à chacune de ses extrémités d’une tour. Le dessin
en est souligné par un canal qu’enjambent des petits ponts en dos
d’âne.

Séville, Plaza de Espana
Au centre, un immense dallage qui donnerait toutes sortes d’envies aux amateurs de rollers. Mais ici c’est le royaume des calèches omniprésentes à Séville.
Taxi et retour à l’hôtel
où, une fois n’est pas coutume, chez la Leyenda, je vais déjeuner
d’une « Envoltina del Merluza al Parmesano ,
tomate y Albahaca » (basilic) et bis repetita placent de «
meru ».

Intermède gastronomique
Une
recette si simple … la ci-dessus
« Envoltina del Merluza al Parmesano , tomate y Albahaca »
1 - une tranche d’aubergine cuite à l’eau
2 - du mérou ou autre poisson à chaire ferme en filet
3 - filet roulé dans la tranche d’aubergine
4 - cuire au beurre
5 – petite béchamel légère et petite sauce tomate
attention
ne pas couvrir avec les sauces, les servir à côté dans l’assiette
!
vino blanco …………… et après faites comme
moi … pâmez-vous !
Bon maintenant revenons à mon voyage. Cent soixante kilomètres séparent Séville de Cordoue. Nous traversons la vaste « Campinia », plaine couverte de champs de blé et d’oliveraies.
L’arrivée à Cordoue,
comme à Cadiz et Séville est sans encombres.
Circulation fluide et calme. Petite ville de 300.000 habitants, j’assimile
Cordoue à la Jérusalem de l’Europe, la violence en moins.
Sénèque, le stoïcien romain, précepteur de Néron,
y a vu le jour. Ville romaine, mais phénicienne et juive avant tout,
elle devient arabe
au VIIIème siècle sous l’autorité des califes de
Damas. Sous la dynastie des Omeyyades Cordoue prospère. Universitaires
et savants musulmans travaillaient avec médecins et banquiers juifs.
Les trois cultures cohabitaient en toute sérénité.
Aussitôt arrivés, nous
n’avons aucun mal à trouver nos dodos respectifs en plein centre
de la « Juderia » juste derrière la
« Mezquita-Catedral ».
Je gare Bibiche et file visiter la somptueuse mosquée-cathédrale,
la « Mezquita », merveilles des merveilles
(je sais j’ai une tendance au superlatif) mais c’est le cas ici.

Cordoue, la «
Mezquita-mosquée »
La Mezquita c’est d’abord
une vaste mosquée. Mais ne confondons pas avec les mosquées ottomanes,
de l’architecte Mîmar Sinan qui s’inspirent, des églises
chrétiennes. Voir plutôt la mosquée des Omeyyades à
Damas ou encore El Azhar au Caire. Grand quadrilatère quadrillé
par des colonnes reliées par des arcs outrepassés.

Cordoue, la «
Mezquita-mosquée »
le Mihrab, albâtre, stuc, arabesques et palmette sur les mosaïques
Malgré les quelques visiteurs il y règne une grande sérénité
et le peu de lumière s’y ajoutant, j’atteints le calme total.
Cette ambiance me rappèle El Azhar et les sensations que j’y avais
ressenti il y a plus de ….. 30 ans.
Oui mais au beau milieu de tout cela il y a la cathédrale ! Horrible
appendice rapporté en plein milieu de la mosquée, au XVI ème
siècle, œuvre ratée de l’architecte (raté) Hernan
Ruiz.

Cordoue, la « Mezquita-cathédrale » sous-œuvre de Hernan Ruiz
Quand Charles Quint vint prendre connaissance des travaux de la cathédrale
en cours de finition, après avoir longuement visité la mosquée
puis la nouvelle cathédrale, il s’adressa à Hernan Ruiz
en ces termes :
« Monsieur ! vous avez détruit ce que l’on ne voit nulle part pour construire ce que l’on voit partout »
Quand même une homme de goût ce Charles Quint.
Je repars ébloui et comblé. 20h15 je suis attablé sur la terrasse d’un bistrot à l’angle de la Mezquita. Aujourd’hui, 15 mai, à Cordoue, c’est le dernier jour du « Festival de los Patios » genre de fête « ville fleurie » et ce soir à l’Alcazar il y a une soirée flamenco.
Le dîner a été
maussade. Pas pour moi, car je me suis rendu dans un des multiples restaurants
« patios » où j’avais repéré préalablement
et comme je le fais d’habitude sur le menu affiché à l’extérieur,
« spada plancha » autrement dit espadon grillé !
Pas d’accueil à mon arrivée. Je m’installe d’autorité.
Après observation je remarque un certain laisser-aller. Pas net comme
ça l’est d’habitude. Pourtant il y a du monde et beaucoup
d’espagnols.
En règle générale j’évite les restaurants
où, à l’heure des repas les serveurs chassent les mouches
! Un brave serveur s’affère.
Court, va et vient les bras chargés d’assiettes pleines puis revient
avec une nappe en papier froissé qu’il vient de débarrasser.
Enfin il me tend la carte. Il est en nage. Repart vers les cuisines. Un gros
poussah en sort justement et l’invective. Non que je comprenne tout ce
qu’il lui dit mais le ton y est. Ca discute. On sent un malaise.
Bref je suis quand même servi et c’est l’essentiel. Un délice
l’espadon !
Il est 22h30. Je règle ma note et part vers l’Alcazar.

Une grande scène
plantée au milieu des jardins et une multitude de chaises toutes occupées.
Sur scène un homme chante une complainte accompagné d’un
guitariste. Du classique. Applaudissements de la foule de connaisseurs qui se
lève et l’acclame.
Exit le chanteur. Un présentateur arrive, bonhomme, et promet à
l’assistance un spectacle unique. Il vante la prochaine danseuse.
Je ne suis pas expert en flamenco mais la foule ovationne. La danseuse tient
parole. Elle se déchaîne. Ici pas de castagnettes.
Rien que le tacatac de ses talons et le geste académique …superbe.
Là dessus, un peu fourbu, je rentre à l’hôtel.
Km 2550

Lundi 16 mai
Huit heures tapantes et départ
dans la ville sous un nouvel éclairage. Neuve heure la ville se réveille
à peine ce lundi matin.
Durs les lundis matins !
La « juderia » est vide. Je fais le tour de la Mezquita, emprunte le pont romain sur le Guadalquivir. De son milieu on a une très belle vue sur la vieille ville.
000000
Cordoue, le pont
romain, à gauche de la photo la « Mezquita » et l ’Alcazar
Je flâne un peu.
Tout doucement la ville se réveille aux accents des livreurs de bibine
et des diables qui roulent sur les paves humides.
Ca s’anime.
Même si Cordoue est une petite
ville, contrairement à mon arrivée, en sortir est une sinécure.
A un feu rouge je demande à
un cadre supérieur se rendant visiblement au turf, l’autopista
para Madrid ? Il m’explique. A droite puis la deuxième à
gauche …
Gracias. Mais il se ravise, admire Bibiche, et me fait signe de le suivre, l’air
entendu.
Deux minutes plus tard, empruntant des petites ruelles, nous y sommes. Sympas
le cadre supérieur. Je suis sûr qu’il a changé d’itinéraire
pour moi. Sans doute en avance sur sa réunion de début de semaine,
ou alors peut-être voulait-il, par ce prétexte, en retarder sa
présence ?

Cordoue, un des nombreux patios de la « juderia » de Cordoue
Je veux faire une halte à Jaén un peu à l’est de
mon itinéraire. Jean-Claude Guenot me l’a conseillé. Il
y a, je crois, de la belle-famille dans la région.
Le ciel s’assombrit vers le nord. Déjeuner à Jaén
qui ne tient pas ses promesses. Ville assez fade. Par contre l’arrivée
sur la ville et sur près de 40 kilomètres est époustouflante.
Des milliers que dis-je, des centaines de milliers d’oliviers à
perte de vue.

vers Jaén, les oliviers à perte de vue
Mon pauvre 24 mm n’y peut rien
une fois de plus. Un fish-eye s’y perdrait aussi. Ca finit par être
lassant. Pensez donc, quatre oliviers pour
100 m² sur 16.000 km² ! calculez. Sauf erreur cela doit faire quelques
600.000 oliviers. L’huile d’olive espagnole que j’utilise
depuis
longtemps est non seulement excellente mais les olives, ici, sont délicieuses.
Nous reprenons la route vers Bailén, située sur la route de Madrid.
J’y cherche vainement une connaissance de Jean-Claude, sans succès.
Vers Madrid, le ciel se charge de nuages noirs. Il pleut vers le nord. Je n’ai
aucune envie de faire 200 kilomètres sous la pluie.
Prochaine sortie, Linarès.
Des gouttes commencent a tomber.
Voilà Linarès. Hôtel Cervantes, Calle Cervantes. Oasis de
calme. Accueillant et agréable. Sieste de deux heures. Un peu plus tard
je vais faire un tour en ville. Ici pas de cathédrale. Il n’y a
que trois hôtels et je pense être le seul étranger dans la
ville.
Au détour d’une avenue, derrière une banque je découvre
la Plaza de Toro. Belle. En face un troquet le « Scala ». La télé
diffuse une corrida. Le « Scala » est plein.
000000
Linarès, la Plaza de Toro et le bistro « Scala »
Debout au comptoir les aficionados commentent. Il y a même un couple,
de minuscule péruvien, avec un nouveau-né.
J’assiste à quatre mises à mort de « Novillos »
aux arènes de Madrid. Alberto Aguilar, remporte une oreille avec une
estocade impeccable. Les banderilleros ont subi quelques avatars sans gravité.
Je me permets quelques verre d’un vin blanc excellent agrémenté
d’un bon nombre d’olive puis rentre à l’hôtel
pour y dîner et dodo.
Km 2700

Mardi 17 mai
Quitter Linarès n’est
pas vraiment un déchirement. Le ciel est mitigé, blanc bleu avec
des pointes de gris. Nous rejoignons le carrefour de Bailén et à
droite vers le nord pour Tolède.
Il est tôt, 9h et pas trop de circulation. Par contre il fait frisquet.
Avant de partir j’ai enfilé veste de moto, cagoule et mes bottes
noires.
Un petit pull s’impose aussi. Mais le problème c’est le vent.
Les vastes plaines légèrement
vallonnées du sud de Madrid laissent libre cours aux vents. Ils s’élancent
à l’aveuglette changeant de direction d’une manière
intempestive.
On dirait qu’ils courent après quelques boules de chardons, comme
dans le Barragan de Panaït Istrati. Mais foin de chardons ici.
Ils courent après moi. C’est pénible en moto. Passent la
Carolina, Santa Elena, Valdepenas, Manzanares, c’est tout droit et monotone.
Enfin Madridejos. J’ai mal à ma clavicule cassée et au dos.
Tolède approche. J’ai faim et soif et c’est trop tôt
pour se faire servir. Alors je poursuis ma route. Mora, Orgaz, avec El Greco
et son
« Funérailles du Conte d’Orgaz », on en parlera plus
tard.
Enfin Tolède. Je suis cassé.
Je me jette dans le premier hôtel
venu, le Mayoral au pied de la ville. Dodo pour ma Bibiche au sous-sol de l’hôtel,
un rapide déjeuner
sur place pour moi et je me fourre dans les draps.
Deux heures trente plus tard je vais,
comme à l’accoutumé, reconnaître. En taxi, cette fois,
afin d’avoir une idée de l’ensemble de la colline
de Tolède. Un coup d’œil à la cathédrale. Je
reviendrai demain car elle ferme dans quarante minutes.
Je flâne en remontant calle
Comercio et m’installe sur la terrasse de la Casa Telesforo, Plaza Zocodover.
Un peu plus tard je descends vers le Tage.

Tolède,
une ruelle dans la ville haute, on y marche à l’ombre
Chemin faisant je repère un
bistro sans nom ni identité mais avec du caractère, comme les
bons bâtards. La télé joue, corrida sur canal +. Je remarque
que l’on peut aussi y manger. Le patron est un hidalgo et les serveuses
vietnamiennes ! Tolède, encore et toujours cosmopolite. Je passe à
l’hôtel et reviens vers 22h pour goûter à une salade
de crabe et des beignets de langoustine.
Cela sent l’Asie et même à Tolède c’est d’une
grande finesse orientale.
Après quoi je rentre pour un dodo. Demain sera une longue journée.

Mercredi 18 mai
Ce matin le hall de l’hôtel est envahi de nippons. 7h30 nous partons, Bibiche et moi, pour le Parador sud d’où, à cette heure, on doit découvrir la ville entière avec le Tage en premier plan. Le spectacle tient ses promesses.

Tolède, vue du Parador sud
Je tente un panoramique. On verra bien avec photomerge. On dirait que ça a marché ! Le spectacle, une fois de plus, est saisissant.
J’accompagne Bibiche au garage et part en taxi pour la ville haute. Visite
de la cathédrale avec un ticket multiple valable pour le trésor,
le chœur, la salle capitulaire et la sacristie, véritable pinacothèque.
Rappelons quand même que Tolède est la ville d’adoption de
ce crétois, Domenikos Theotokopoulos, qui au XVIème siècle,
partit vers l’Italie pour travailler auprès de Le Titien a fini
par arriver à Tolède. El Greco, c’est bien lui.
La sacristie renferme un véritable trésor. El Greco, est bien
sûr à l’honneur avec ses portraits d’évangélistes.
Son « Christ en Croix »
est bien entouré, Le Titien, Raphaël, Le Caravage, Vélasquez,
Van Dyck, Rubens et tant d’autres.

puente de San Martin
Rêveur, les émerveillés par tant de beauté, je vais
mettre un point d’orgue à mes désirs, admirer le chef-d’œuvre
d’El Greco, « Les Funérailles du Conte d’Orgaz »
visible dans l’annexe de l’Eglise Santo Tomé, tout près
de sa maison. Autre émerveillement que ce chef-d’œuvre qui
décrit le miracle survenu au cours des obsèques du Conte d’Orgaz.
Saint Augustin et Saint Etienne seraient miraculeusement venus pour y assister.
Raconter la toile serait vain ici. De nombreuses documentations lui sont consacrées.
Mais une remarque : parmi les nombreux personnages qui composent la toile un
seul me (vous et tous ceux qui regardent la toile) regarde dans les yeux, c’est
El Greco lui-même qui s’est auto-représenté en arrière
plan.
Je quitte la place, fasciné. Dehors je me pose sur un banc. Soudain j’entends
des exclamations en français. « Vous êtes tous des voleurs
». Un « beauf » brandit un ticket en invectivant le guichetier
comme quoi il n’en avait rien à foutre du Conte d’Orgaz.
Lui il voulait voir le musée El Greco ! Na ! Il fait appel à un
agent de police, il veut être remboursé. Pensez donc … le
Conte d’Orgaz.
Honteux je file à l’anglaise. Non-assistance à crétin
en colère. Le musée El Greco, je l’ai visité. Pas
une toile du maître, des copies de ses élèves, quelques
Titien et Van Dyck.

Tolède,
l’église Santo Tomé,
« les Funérailles du Conte d’Orgaz"
par El Greco
Il y a, comme ça, des voyages
qui forment aussi la connerie.
Passons, il est 12h30. Je flâne en quête d’une terrasse accueillante
et dans une petite traverse je trouve mon bonheur. « Ricon de Bohemio
» tout près de la Plaza de la Magdalena. A 13h j’y déjeune.
Tolède c’est le pays de fines lames et des couteaux mais aussi le pays de la perdrix rouge. La ville s’enorgueillit d’une recette traditionnelle très simple. Le volatile cuit à l’étouffé avec …j’en bafouilles... petits oignons et pommes de terre. Pour 2 € de plus qu’un plat de spaghettis à la Carbonara cela valait le coup.
Après je m’offre une
gâterie non gastronomique. Je fais l’acquisition de deux couteaux
de cuisine de Tolède dans un authentique atelier de coutellerie. Malheureusement
la plupart des lames vendue ici (aux touristes) sont des Solingen ou des Laguiole
voire quelques couteaux
« Made in Hong Kong ».

Tolède,
perdrix rouge à l’étouffé
au « Ricon de Bohemio »
De Tolède à Madrid
c’est du gâteau. 70 kilomètres, 40 minutes. Je me retrouve
à la tristement célèbre gare d’Atocha.
Je remonte le boulevard et sur ma droite l’hôtel Catalunya m’ouvre
ses portes.
Je m’offre une « suite
» et Bibiche qui depuis a saisi le principe, va presque toute seule à
son dodo tout proche.
J’ai remarqué qu’elle n’aime pas être trop loin
de moi.
Je fonce au musée du Prado ! à cinq minutes de là. Que dire de cet extraordinaire lieu qui réunit des milliers de toiles des maîtres les plus grands.

Madrid, le musée du Prado
Situé le long du Paseo Prado,
immense avenue avec, au milieu, une large promenade ombragée, le musée
est gratuit pratiquement tous les jours et pour tous.

Madrid, musée
du Prado
1er étage, XVII ème - XIX ème siècle
Principalement sur deux niveaux, au rez-de-chaussée on parcourt 500 ans
de peinture, de 1100 à 1160, avec Raphaël, Le Titien,
Cranach, Bosch, El Greco etc …
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Madrid, musée
du Prado
Velasquez, l’infante Margarita et à gauche, Goya, « Maja,
vestida & desnuda »
Le 1er étage, de 1600 à 1850, est consacré à Poussin,
Le Caravage, Velasquez, Goya, Rembrandt et bien d’autres.
Peintures espagnoles, allemandes,
flamandes, françaises, hollandaises, italiennes, tous les plus grands
sont là et vous regardent.
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Madrid, musée
du Prado
Goya, autoportrait
Fra Angelico, l’Annonciation

Madrid, musée
du Prado
Venus, Adonis & Cupidon, par Carraci
En prime une exposition Durer et une
spéciale pour le « Venus, Adonis et Cupidon » d’Annibale
Carracci avec radiographies du tableau et les controverses qu’il a suscité.
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Madrid, musée du Prado "le copiste" et l’avenue du Prado
Entre Tolède, ce matin et
Madrid cet après-midi, je suis gâté côté peinture.
Obligé de faire le vide afin de mieux digérer cette avalanche
de beauté.
Je remonte doucement l’avenue
Geronimo longeant l’impressionnante bâtisse du Congrès des
Députés et j’arrive Plaza de Canalejas
tout près de la Puerta des Sol.

Madrid, le musée du « jamon »
Sur une terrasse, attablés
comme moi, hommes et femmes, visiblement retraités sirotent cervejas
et cafés. C’est bruyant, pollué mais finalement bien agréable.
Un gitan nous joue un air d’accordéon.
Retour vers l’hôtel pour
quelques ablutions et je ressors vers 22h pour dîner. Tout à côté
il y a un restaurant bien sympathique où l’on me sert quelques
seiches à l’ail. Au bar à tapas, ça grouille de monde
et la salle est comble.
Un café sur la place et je remonte un peu fatigué quand même.

Madrid, heure de pointe vers la Plaza Mayor
A la télévision j’apprends
que les sondages vont bon train et que demain on va enterrer Eddy Barclay.
Km 3030

Jeudi 19 mai
Ce matin je me fais porter le petit
déjeuner dans la chambre.
Départ pour un dernier tour dans Madrid vers le Palazo Réal et
la Plaza Mayor.

Madrid, le Palazo
Réal

Madrid, Plaza Mayor
Les madrilènes s’affairent surtout autour de leur petit déjeuner. Pâtisseries, cafés et toutes sortes d’établissement susceptibles de fournir à boire et à manger sont bondés.

Je vais reprendre Bibiche et direction
Zaragoza. Environ 300 km
Sortir de Madrid, (j’appréhendais) est un jeu d’enfant !
Avenues larges et ombragées, même si la circulation est un peu
dense ce jeudi matin.
Je rattrape l’A2 au nord-est. Ici on a le choix. Ceux qui sont pressés
peuvent emprunter la R2, autoroute payante, ou l’A2, gratuite, encore.
J’opte pour cette dernière. Du billard. Au fur et à mesure
que l’on s’éloigne de Madrid la circulation se fluidifie
pour finir par être inexistante.
Il fait beau et chaud et vers 13h30, je m’arrête, dans un restaurant
bien agréable, pour une tranche d’espadon grillée.
Il me reste moins de 200 km pour Zaragoza alias « Caesar Augusta ».
L’autoroute est magnifique et quasi déserte. Le paysage change
et commence a prendre des aspects cappadociens. Vallonnées, des couches
de tuf blanc se superposent à des strates rougeâtres.

Au loin, on aperçoit les cimes enneigées de la Sierra Demonida.
Et puis voilà que ça recommence !
Peu après la petite
ville de Mada, à une trentaine de kilomètres de Saragosse, re-voilà
les grandes ailes blanches des éoliennes
qui tournent, tournent. Elles se dressent à perte de vue comme sur les
plateaux de Vejer de la Frontera, avant Cadiz.
Des centaines sagement alignées. Mais ici, avec mon 24 mm j’arrive
à les avoir à peu près correctement. L’autoroute
étant déserte,
je m’arrête sur la bande d’arrêt d’urgence ...
et clic clac.

Quelques coups d’accélérateur
plus tard je pénètre dans la ville d’Auguste. Une belle
ville Zaragoza. Mais l’accès en est perturbé par des travaux
de romains qui y sont entrepris.
A un feu j’entends venant de
ma gauche : « alors en vacances ? ». A côté
de moi un motard m’adresse la parole en français.
Il travaille ici. Je regarde sa plaque, 33, un voisin. Il me donne les indications
nécessaires pour rejoindre les rives de l’Ebre, mon point
de chute pour trouver un hôtel. Petit signe amical et le motard tourne
à gauche.
A 17 h je suis installé au
« Residencia Conde Blanco », au N° 84 Predicatores. 40€
la chambre et le garage pour Bibiche.
Je me rattrape sur mes excès dispendieux de la veille. Petites ablutions
et je pars sur les rives de l’Ebre vers l’église del Pilar.
L’Ebre est un fleuve qui se jette dans la Méditerranée à
Tortosa. La vieille ville est au sud, la nouvelle à l’opposé
et au milieu coule le fleuve.
Je me dirige vers la Plaza Lanuza, le long du marché central, derrière
l’église. Un superbe bronze d’Auguste de dresse au milieu
de quelques vestiges romains.

Zaragoza, plaza Lanuza, l’église del Pilar et les ruines romaines
19 h . Il est temps de compléter
mon carnet de voyage. Pour ce faire il me faut : mon cahier, mon crayon, mes
cartes et mes plans, mon Nikon, mes cigares et par-dessus tout un endroit muni
d’une table et impérativement un verre de vino blanco.
Je crois que je les aurais tous essayé. Mais ceci est une autre histoire.
Le « Lanuza » me procure les éléments indispensables. N’allez pas croire que je suis un buveur de vin blanc invétéré, je ne suis qu’un modeste adepte d’Omar Khayyam, mon maître.
Le « Lanuza » est un
bistrot comme tant d’autres avec d’un côté un bar,
derrière ce bar un patron. De l’autre, cinq tables impeccables
et vides jusqu’à mon arrivée.
Le long du bar cinq vieux donnent la réplique au patron. Ils discutent
âprement des patronymes d’un de leurs copain récemment disparu.
Ils ne sont pas d’accord. Vous n’êtes pas sans savoir que
nombre d’espagnols ont des prénoms longs, longs, longs et au bout
un nom.
La situation est surréaliste. Ce petit drame de comptoir se déroule
sur fond de son télévisuel lequel poste diffuse et à cette
heure, c’est normal, un dessin animé réservé exclusivement
aux moins de cinq ans. Jusqu’à présent j’avais droit
aux rediffusions des corridas de la
« San Isidoro » à Madrid. Petit à petit les protagonistes
partent les uns après les autres. Il est 19 heures. Les plus coriaces
résistent
mais le patron maintient son opinion quant aux patronymes du copain.
Me voilà seul avec lui. La clientèle se renouvèle. Femmes et enfants arrivent. L’ambiance est plus calme. Je quitte les lieux sans vraiment savoir comment se nommait le défunt, mais j’ai mon idée là dessus.

Zaragoza, l’Ebre
et la cathédrale
Je rentre à l’hôtel
en flânant vers la Plaza Europa. C’est un quartier arabe. Beaucoup
d’enseignes sont exprimées dans les deux langues.
Bien sûr il y règne une grande animation. Beaucoup de noirs aussi.
On entend diverses langues. C’est agréable et tranquillisant.
A l’hôtel je remarque un point Internet. Je me connecte sur ma messagerie.
Un seul mail de Monique qui m’annonce son prochain départ pour
Prague. Mon compte CCP se porte assez bien malgré les petites éraflures
que je lui ai causé.
Un peu las, je dîne sur place et part au dodo. Demain je vais faire un tour à l’église et l’Aljaferia.
Km 3444

Petit intermède autoroutier
Comme disait un homme
admirable « let’s have a dream ! »
Imaginons donc, j’ai bien dis imaginons, que sur une carte de France nous
tracions une ligne partant de Lyon à Brest en passant par Orléans,
voire Paris. Imaginons encore que toutes les autoroutes au sud de cette ligne
soient gratuites !
Le mot est lâché
! On dirait, partout, il est fou, inconscient. L’ASF et autres sociétés
autoroutières déposeraient leurs bilans.
L’état devrait entretenir le réseau qui se transformerait
rapidement un patchwork rapiécé.
On dirait encore « faites pas attention c’est un utopiste, un
doux rêveur. Laissons le imaginer des trucs. Il veut revenir aux nationales.
On a réussi à se débarrasser de Jacques Borel sur les autoroutes
! »
etc …etc …
Maintenant regardons une carte d’Espagne. Prenons notre crayon et traçons
une ligne Valencia Salamanca en passant par Madrid.
Là, au sud de cette ligne, les autoroutes sont gratuites ! Pas de patchwork,
très peu de travaux en cours et d’excellents restaurants où
l’on mange normalement pour 10 à 15€, jouxtant, presque toujours,
des stations service.
And this was not a dream !
Petit intermède pratique
En général,
sur les tables de restaurants ou les comptoirs des bars à tapas, on ne
trouve ni sel ni poivre mais un petit parallélépipède distributeur
de serviettes en papier. Les établissements les plus cossus ont leur
enseigne imprimée sur le flanc du petit objet.
Pour les plus standards un petit message « vous remercie de votre
passage ».
De toute façon, partout où l’on se sustente, il y a le choix,
entre les tapas multiples et variés, petites assiettes d’amuse
gueule
très consistants, (on vous en propose même si l’on prend
un verre debout au bar et sans supplément) et un choix de plats allant
de la viande aux poissons en passant par les pâtes et les pizzas (éviter
ces dernières).
Le choix des plats
se décline en « raciones ». Portions complètes très
généreusement servies ou « ½ raciones » largement
suffisantes pour midi ou mangeurs moyens.
Un verre de bon vin coûte entre 1 et 1,50€. Une « raciones
» de friture, 4 à 5€. Un pourboire est toujours bienvenu.
Mais attention ! si la faim vous titille avant 13h, service uniquement au bar
à tapas généralement très confortable.
Pour le voyageur (que je suis) il trouve une station service
environ tous les 30 km sur routes comme sur autoroutes. On y trouve du tabac
et toutes sortes de boissons alcoolisées libres de vente à toutes
heures.
Serait-ce une preuve
de responsabilité civile ? Et cela va de paire avec les interdictions
de fumer ici ou là.
Chacun décide suivant la situation. C’est beau non ?

Vendredi 20 mai
Ce matin l’hôtel est
envahi de pèlerins venus honorer la Seniora del Pilar. Ils sont sur le
départ et la salle de restaurant est comble. Je me faufile vers le bar
pour un café-croissant-tartine.
J’ai mis 20 minutes pour sortir de la ville non sans avoir fait un tour
au-dessus de l’Ebre et surtout d’approcher de l’Aldjaferia,
actuel parlement de l’Aragon.
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Zaragoza, l’Ebre00000000000000000000000000000000000
l’Aldjaferia
Enfin j’attaque l’autoroute désormais payante.
Pendant trois cents kilomètres
c’est la garrigue monotone. Il fait beau. Pas de vent et je pointe à
150/160 km/h Ca permet de bonnes moyennes. J’évite Barcelone vers
Girona et Figueras. Dali. Petit casse croûte sur l’autoroute et
à 17 heures voilà Figueras.
Trop tard pour visiter le musée Dali qui ferme à 17h30.
Je repars vers la France et Perpignan
où je décide d’établir ma dernière étape.
Ca va me rappeler des souvenirs. Il y a plus de trente ans,
un mémorable congrès...
Avenue Georges Clemenceau, en plein centre, je trouve un petit hôtel bien
agréable. Je pose Bibiche à son dodo deux rues plus bas et part
faire un tour vers le Castillet.
Attablé sur une terrasse derrière la tour rouge j’écris
ces dernières lignes.

Perpignan, le Castillet
Le soir, pour dîner, j’ai trouvé le petit restaurant, où,
trente ans plus tôt, j’avais dégusté des escargots
à la Catalane et des moules.
J’y ai rencontré Luc et Sonia, un couple américain. Lui
médecin elle ingénieur en informatique. Ils sont venus faire une
virée entre Barcelone
et Marseille à vélo. Nous avons passé un bon moment ensemble.
Nous avons, bien sûr, parlé de voyages.
