On y sent toujours, perpétuellement
la mer. L'huile de baleine, et les légendes
se comptent en nœuds et jours de traversées, quand elles se contaient
en odyssées et heures de chasse au cachalot autrefois.

Neuf îles au milieu de l’Atlantique,
à 2 heures de vol de Lisbonne.
Ceux qui s'attendraient à y découvrir un pays tropical, des
Antilles modifiées
à la portugaise, seraient déçus.
L'archipel est bien davantage une sorte de mélange d'Irlande et de
Normandie verte, lumineuse, couverte de vaches, avec un terrain volcanique
très marqué, et une végétation exotique luxuriante
bénéficiant du climat, de l'hydratation, de la localisation
Atlantique.
Lacs bleutés, montagnes aux contreforts
fleuris, points de vue splendides sur la terre et la mer. Des vignes, des
lagons ou encore des vertes prairies où se mêlent en abondance
des camélias, des azalées des hortensias.
Cratères profonds des anciens volcans, villages à la tradition
séculaire, vie en équilibre avec la nature.
Sao Miguel est la plus grande, musées,
églises, palais pavés de mosaïques noires et blanches,
trésors d’histoire et d’art. Un havre de tranquillité
où l’on passe son temps à flâner au cœur d’une
végétation luxuriante.
En 1406 de notre ère, les conquérants français qui, les
premiers, débarquèrent dans l'archipel des Canaries, y trouvèrent
un peuple au teint clair, de haute taille, qui se croyait le dernier survivant
du monde après le Déluge : les Guanches.






Pour les tenants de la
thèse de l'Atlantide atlantique, les archipels des Canaries et des
Açores constitueraient les ultimes vestiges du continent englouti.
Qu'on soit d'accord ou pas avec cette hypothèse, il faut reconnaître
que l'origine des premiers canariens pose un réel problème
ethnologique.
Ainsi, quand les navigateurs français débarquèrent
en 1406 pour la première fois aux îles Canaries, ils se trouvèrent
en présence d'indigènes au teint clair et de taille haute,
qui se désignaient eux-mêmes sous le terme de Guanche, mot
qui veut dire " homme ".

Lorsqu'il fut possible de comprendre leur
langue, les Français ne furent pas
peu étonnés de voir que ces Guanches se croyaient seuls au monde,
persuadés d'être les derniers survivants d'une terrible catastrophe
qui, plusieurs millénaires auparavant, avait anéanti l'humanité
toute entière.
Pendant près de 60 ans, les Français
vécurent en harmonie avec les populations locales. Au début,
cependant, le peuple guanche s'opposa à cette incursion étrangère.
Avant que Jean de Bethencourt chambellan de Charles VI, puisse étendre
son hégémonie sur les Canaries, ses troupes eurent à
faire face à la résistance désespérée des
Guanches qui préféraient la mort à la servitude.
Dans ces combats, les Français reconnurent le courage et la bonne foi
de ces indigènes. Jean de Béthencourt racontera d'ailleurs lui-même
que ses soldats s'étant emparés d'un groupe de femmes réfugiées
dans une grotte de Fuerteventura, ils virent l'une d'elles étrangler
son enfant pour qu'il ne tombât pas entre les mains des envahisseurs.
La conquête de l'archipel des Canaries par les Espagnols, en 1478, acheva
de réduire ce peuple à l'impuissance. Dans ce même temps,
une épouvantable épidémie, appelée par les Espagnols
" modorra ", décima les Guanches qui n'avaient pas
accepté la défaite.

Dès lors, les survivants se virent offrir le baptême et leurs noms désormais hispanisés se confondirent bientôt avec ceux des conquérants. Des mariages, enfin, perpétuèrent cette confusion et il naquit de ces unions des enfants fiers comme des espagnols et mélancoliques comme des guanches.
Les Guanches, une civilisation
embarrassante
Les ethnologues anciens et modernes qui ont étudié la nature
de cette race guanche ont distingué deux types bien distincts. L'un,
le plus répandu, de taille haute
supérieure à 1,80 m-, imberbe, aux yeux et à la peau
clairs, et au front de penseur.
L'autre, de taille plus réduite, avec une peau sensiblement plus brune,
des yeux de jais et un profil convexe qui révélerait une origine
sémite. Il y a encore, mais de façon très localisée,
à Gomera, des individus de courte taille et à tête large.
Les Français d'abord, puis les espagnols, furent très étonnés
d'observer ce peuple guanche aux mœurs si archaïques, mais héritiers
d'une civilisation évoluée et originale.
Tout en ignorant l'usage des métaux
et des tissus et n'utilisant que des outils en pierre, ils connaissaient en
revanche l'écriture, l'astronomie et appréciaient la poésie.
Leur législation, encore, était très élaborée
et leur religion avait des rites compliqués. L'alphabet des Guanches,
fort heureusement recueilli par les premiers missionnaires envoyés
aux Canaries, ressemble aux alphabets des langues sémitiques (Phénicien,
Carthaginois, Hébreu). Mais on a découvert à plusieurs
reprises dans les îles de l'archipel, des inscriptions en caractères
inconnus. Lors d'un voyage effectué sur place, Robert Charroux a pu
photographier une des ces inscriptions alphabétiformes à La
Caleta (île Hierro).

En tout état de cause, les linguistes
ont pu d'ores et déjà établir certaines connexions
entre le Guanche et les dialectes parlés par les Touaregs et par
les Berbères,
et plus spécialement par les Senhadja qui habitent le Hoggar.
Des traces d'influence arabe semblent certaines. Il ne fait aucun doute, pour le moins, que le monde antique connut l'existence des Guanches.
Ainsi, le roi de Mauritanie, Juba II, qui vivait au Ier siècle de notre ère, nous parle des îles habitées par cette ethnie. II vante leur nombreuse population et leur prospérité.
L'île actuelle de Ténériffe,
aux riches plantations de palmiers dattiers, était appelée
jadis " Junonia ". Plus loin encore dans les siècles, Platon
lui-même décrit les Guanches comme de grands hommes blonds,
mais il leur prête aussi une maîtrise incomparable dans l'art
de traiter les métaux et d'édifier les cités. Ce qui
est incontestablement à l'opposé des possibilités guanches
du XVème siècle,
qui n'utilisaient plus qu'un outillage d'os, de pierre ou de bois, et aménageaient
des grottes pour y habiter.
En rapport encore avec d'anciennes relations
entre les Guanches et des peuplades du Sahara, le colonel Braghine cite
une trouvaille près de San Miguel,
dans l'île de Ténériffe, d'une soixantaine de momies,
environnées d'un grand nombre de poteries et de peaux de lion. Or,
souligne cet auteur, " ce qui a plongé les savants dans une
grande perplexité, c'est que le lion n'a jamais existé sur
ces îles !
Le rapprochement linguistique du guanche
et de l'arabe constituerait pour plusieurs auteurs une preuve de l'origine
atlante de la population des Canaries.
Les Touaregs avec qui ils auraient été en rapport, ancêtres
eux-mêmes des Garamantes, seraient les descendants de ce " peuple
de la mer " refoulé
de la Vallée du Nil par les soldats du Pharaon Ramsès II
au XIIIe siècle avant notre ère.

La statue du cavalier des Açores
Parmi les preuves matérielles invoquées par les atlantophiles
pour identifier
les archipels de l'Atlantique comme les ruines émergentes du continent
platonicien,
il est de tradition de rappeler l'existence d'une ancienne statue qui se serait
élevée à Corvo, l'île la plus septentrionale des
Açores.
Ce qui en faisait tout l'attrait, c'est
qu'il s'agissait d'un cavalier pointant son index en direction de l'ouest,
comme s'il indiquait la direction de l'Amérique... ou de l'Atlantide.
On sait en quelle circonstance cette statue disparut, grâce à
un passage de la chronique du règne du roi du Portugal Don Joao, écrite
en 1560
par Damiao de Goes :
" L'île de Corvo est appelée
par les marins l'île de l'Indicateur parce qu'elle leur sert
à se diriger. En effet, au sommet de cette île, il existait une
statue représentant un cavalier monté sur un cheval sans selle;
il était tête nue, et portait sur ses épaules un manteau
comme en portent les Maures.
D'une main, il tenait la crinière de sa monture et de l'autre, il montrait
la direction
de l'ouest.
Quand le roi Don Manuel eut été
prévenu de l'existence de cette statue, il chargea
le peintre de la cour, Senhor Duarte D'Armas, de se rendre aux Açores
pour en faire le tableau grandeur nature. Après qu'il eut reçu
le tableau, le souverain chargea un homme de confiance de rapporter la statue
à Lisbonne. Mais cet homme raconta que la foudre en tombant sur la
statue, l'avait brisée; il ne pouvait donc en ramener que des fragments
: la tête du cavalier, sa main droite, deux jambes et un morceau de
hanche du cheval.
Or, toute cette histoire n'était qu'un mensonge: la statue avait été brisée par la négligence des hommes chargés de la détacher de son piédestal.
Quoiqu'il en soit, les morceaux furent remis au roi mais on ignore ce qu'il en advint.
Dans ce même temps, un autre
chroniqueur portugais confirma les faits.
II s'agissait de Jean de Barros, celui qu'on appela le Tite-Live portugais,
auteur d'une " Histoire portugaise des Indes occidentales "
(éditée à Lisbonne en 1778-1788).
Or, quelques observateurs actuels tentent de prendre en défaut la tradition.
Suivant les arguments d'un journaliste portugais, Robert Charroux,
dans son ouvrage " Le Livre des Mondes oubliés ", doute qu'il
ait pu exister
une statue sur l'île de Corvo.
" Corvo, dit-il, n'est qu'un îlot. En cherchant bien dans la montagne,
il a été possible de découvrir un rocher un peu plus
tourmenté que les autres dans sa forme, mais n'ayant ni de près
ni de loin l'apparence d'une statue, ni celle d'un cheval et encore moins
d'un cavalier. (...)
Un peu en contrebas, un autre rocher, ressemblant approximative ment à
une borne, pourrait être la "marque" qui, selon la tradition,
accompagne et précise la direction donnée parle chevalier. (...)
Il nous a paru intéressant de faire un sort à cette légende,
en laissant toutefois planer un doute favorable à l'assertion de Jean
de Barros : s'il y a eu statue au XVIème siècle, de nos jours
elle a disparu et rien ne permet de situer l'endroit où elle avait
pu être érigée. "
